Economie

Sommes-nous tous des moutons ?

L’humain, quoi qu’on en dise, est un animal incroyablement grégaire ! Par grégaire, on entend par là la tendance incontrôlée de l’homme à se rassembler avec d’autres personnes, à s’y comparer, à s’en rapprocher et à même les imiter. D’ailleurs, notre culture même est faite d’imitation. Combien de fois avons-nous voulu « faire comme les copains », imiter nos parents ou suivre aveuglément une foule dans la rue ?  Ce comportement grégaire, extrêmement intéressant d’un point de vue psychologique, est tout aussi passionnant d’un point de vue économique…

Suis-moi je te suis

Maintes expériences psychologiques ont démontré à quel point l’homme était grégaire et pouvait se comporter en « mouton de Panurge » ! Pour la petite histoire, dans le livre « Quart Livre » de François Rabelais, Panurge, après avoir jeté le mouton d’un marchand dans l’eau, voit le reste des moutons de ce dernier suivre aveuglément le premier mouton et se jeter à leur tour dans l’eau. Le comportement humain se rapproche bien souvent de celui des moutons.

En effet, dans une expérience réalisée par M.Harris et ses collaborateurs en 1973, ces derniers faisaient tomber des disquettes par terre, avec pour complice une personne qui venait aider ou non les individus à ramasser les objets laissés au sol. Au final, 50% des personnes aux alentours venaient aider le groupe à ramasser les disquettes lorsque le complice intervenait, contre 27% sans l’intervention de celui-ci ! Beaucoup d’expériences similaires convergent vers la conclusion selon laquelle nous serions tous tentés de faire comme les autres. Par exemple, on signe plus volontiers une pétition lorsque que l’on remarque que quelqu’un d’autre l’a fait (Phillips, 1972). Mieux encore, et vous-mêmes avez vu déjà vécu cette expérience, nous avons davantage tendance à enfreindre le code de la route lorsqu’une voiture en face de nous vient de le faire (Guéguen & Pichot, 2001).

L’économie moutonnière

Toutes les expériences précédemment citées sont valables dans le monde du commerce, et bien plus que valable, le comportement moutonnier est ce sur quoi la majorité des entreprises compte. Prenez donc l’exemple d’un restaurant. Dans une expérience menée par Alan Ching Biu Tsee en 2002, celui-ci a montré des photos de restaurants plus ou moins bondés à un groupe de personnes. Il leur était ensuite demandé  d’évaluer les restaurants selon la nourriture, les prix et l’éventuelle réputation des restaurants. Résultat sans appel : les évaluations des restaurants étaient davantage positives lorsque ceux-ci étaient représentés bondés sur les photos !

Et observez le vous-même, lorsque vous cherchez un restaurant dehors, le fait qu’il y ait du monde ou non vous influencera grandement. Pareil sur Internet : plus il y a d’avis sur le restaurant – en supposant qu’ils ne sont pas négatifs –  plus vous serez tenté de vous y rendre. Bref, le concept peut être observé dans tous les domaines que cela soit, aux premiers rangs desquels la finance, dans laquelle il « vaut mieux avoir tort ensemble que raison tout seul ». C’est en effet le B.A.-BA des spéculateurs qui fondent leurs spéculations sur les tendances et les avis populaires plutôt que sur un calcul isolé. Bref, qu’on se dise anticonformiste, marginal ou « différent », nous sommes tous des moutons…

Cyril Garrech
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Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
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