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Sexualité et salaire : quand l’homosexualité est moins payée que l’hétérosexualité

Selon un sondage du très sérieux Boston Consulting Group (BCG), paru le 27 janvier, quatre étudiants et jeunes diplômés sur cinq ont dévoilé leur sexualité à leur entourage proche. Mais seul un tiers d’entre eux a effectué son coming out dans leur entreprise. Pour 58% des sondés, un tel acte représenterait un « inconvénient potentiel » dans le milieu professionnel.

Thierry Laurent, professeur à l’université d’Evry-Val d’Essonne, explique cette crainte dans le Monde. Il existerait en effet un écart notable de salaires entre les salariés homosexuels et hétérosexuels. Les hommes homosexuels gagneraient 6% de moins dans la sphère privée, et 5% dans le publique. Cette différence est similaire à celle du gender gap, écart salarial entre hommes et femmes, qui représente environ 5,5%. Pour les femmes homosexuelles, cependant, aucune discrimination ne semble être constatée.

Selon le professeur Laurent, l’âge aussi est un facteur à prendre en compte dans cette discrimination salariale. Les jeunes seraient beaucoup moins touchés que les seniors en entreprise. Etant donné que ces derniers sont plus enclins aux promotions professionnelles, les hétérosexuels seraient largement  favorisés. De même, les jeunes gays et lesbiennes seraient deux fois plus touchés par le chômage que leurs homologues hétérosexuels. Néanmoins, cette information est à prendre avec des pincettes. En effet Thierry Laurent estime que les jeunes LGBT (Lesbiens Gays Bi Trans) sont davantage mobiles professionnellement que les hétérosexuels, ces derniers fondant une famille plus précocement. De même, les jeunes homosexuels chercheraient davantage le « bon » job, impliquant un environnement serein dans lequel se cacher serait inutile. Ceci expliquerait notamment la mobilité constante des homosexuels – ou « chômage frictionnel » dans le jargon économique.

Pour finir, selon le sondage du BCG, 11% mentiraient à leur employeur en ce qui concerne leur sexualité et un gay sur deux serait mal à l’aise à l’idée d’aborder le sujet. Pour Thierry Laurent la différence salariale entre un homosexuel assumé et un homosexuel qui se cacherait au sein de son entreprise s’élèverait à 1200 euros par an. Mais pour le professeur, se cacher n’est certainement pas la solution et ceci peut même s’expliquer économiquement. Se cacher implique un stress permanent et minant, ce qui a pour conséquence une productivité moindre et donc un salaire moindre. Donc la solution, pour les homosexuels pour qui leur coming out est indispensable, serait de trouver une entreprise dans laquelle ils se sentiraient libre d’aimer.

Thierry Laurent est professeur d’économie et chercheur à l’université d’Evry-Val d’Essonne. Il est l’auteur d’études sur la discrimination sexuelle et salariale en entreprise, tels que : « Moins égaux que les autres ? Orientation sexuelle et discrimination salariale en France » (2009), « Mesurer la discrimination salariale fondée sur l’orientation sexuelle » (2011) ou encore « The role of apparent sexual orientation in explaining the heterogeneity of wage penalties among gay employees » (2015).

 

Cyril Garrech
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Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant à l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
Consultant en communication freelance.
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