Drôle d'histoire !

Sera-t-il bientôt interdit de fumer dans les films ?

En 1991, c’est un choc pour les marques de tabac en France : la publicité leur est désormais interdite. En effet la loi Evin prévoit que toute publicité ou propagande, directe ou indirecte, soit interdite : plus de spots TV, plus de placement de produit, plus de parrainage. Rien de rien. Le tabac ne pourra désormais plus être l’objet d’une quelconque promotion. Et alors que la publicité pour la cigarette électronique sera interdite dès mai 2016 par l’Assemblée Nationale, certaines personnalités politiques estiment qu’il faut évincer la cigarette de la télévision même. À commencer par le cinéma…

 Avant le cinéma, le petit écran

Le CSA, qui énonce ce qui relève de l’acceptable ou non sur les plateaux télé, est très clair au sujet de la cigarette : interdiction formelle de fumer sur les émissions de plateau télé ! N’en déplaise au regretté Serge Gainsbourg ou à Brigitte Fontaine. En 2011, le CSA mit en demeure l’émission « Le Petit Journal » sur Canal + pour avoir fait fumer Catherine Deneuve. Ce qui, en soi, peut mener à des sanctions judiciaires graves pour l’émission.

Cette loi audiovisuelle date de 2008 et énonce qu’est « notamment proscrite la consommation de produits du tabac au sein des émissions de plateau ou des studios. » Il en va de même des boissons alcoolisés et des drogues illicites, ça va de soi… La raison en est toute simple : le CSA, un organisme public, doit suivre les mêmes principes que l’Etat, à savoir « préserver la santé publique ».

Qu’en est-il des séries TV ? Le CSA précise qu’il faut « éviter la diffusion d’images des candidats fumant dans des lieux ouverts ». C’est pour ça que vous ne voyez jamais de personnages de Plus Belle la Vie ou de Joséphine Ange Gardien fumer en pleine rue. Pour ce qui est des documentaires et des journaux télévisés, le tabac est toléré si et seulement s’il n’incite pas à fumer. Il ne faut donc pas associer plaisir et tabac : c’est la base de la communication selon le CSA !

À l’assaut du cinéma !

Selon une étude d’Ipsos de 2012, près de 80% des court-métrages disponibles en France contiennent des scènes de tabagisme. Le film Gainsbourg Vie héroïque, par exemple, cumule 43 minutes de tabagisme ! En même temps c’est Gainsbourg. Mais qu’il s’agisse d’Audrey Tatou dans Coco Chanel ou du film Les Petits Mouchoirs dans lequel les acteurs fument comme des pompiers, la cigarette au cinéma pose un problème. Un gros problème d’un point de vue de la santé publique.

En effet, et c’est le principal argument des anti-tabac au cinéma, la cigarette s’est normalisée dans les films. Ce qui, selon eux, a pour conséquence de faire du tabac un objet de consommation banal voire admirable. Pensez donc à l’élégance de Fanny Ardant, Catherine Deneuve ou de Belmondo en train de fumer une cigarette.  C’est mythique, certes, mais selon Marisol Touraine : cela représente avant tout une propagande en faveur du tabac. Et c’est mal, m’voyez.

En 2009, la régie publicitaire de la RATP avait déjà refusé de placarder certaines affiches de films au nom de la santé publique. Par exemple, l’affiche du film  Coco Chanel , représentant Audrey Tautou au lit en train de fumer, était, selon la RATP, une promotion indirecte de la cigarette. Les producteurs ont donc dû l’accepter et supprimer la cigarette de l’affiche.

Michèle Delauney, une ancienne ministre en faveur de la suppression du tabagisme au cinéma, estime que bien que cette suppression soit bénéfique, il faudra certaines « dérogations ». Par exemple « quand les scènes filmées ont une valeur historique […] qu’elles correspondent à la mise en valeur d’une situation de stress ou de désespoir ou qu’elles contribuent elles-mêmes à souligner les effets délétères du tabac. »

 Il faudra donc faire ce que le cinéma d’auteur français  fait de mieux : faire la gueule, fumer et déprimer.

Cyril Garrech
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Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant à l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
Consultant en communication freelance.
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