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S’ennuyer au travail : bientôt une maladie reconnue ?

S’éterniser à la pause café, fixer longuement la fenêtre en soupirant et prier pour que la journée se finisse au plus vite : ces habitudes sont, bien souvent, synonymes d’un « bore out » naissant… Contrairement au burn out, qui est un syndrome psychologique dû à la surcharge de travail, le « bore out » est un syndrome causé par… le manque de travail !  

Le bore out, qu’est-ce que c’est ?

S’ennuyer au boulot peut, en effet, s’apparenter à une maladie du travail. Et pour cause, se sentir inutile, incompétent, ennuyé ou à côté de la plaque sont des états mentaux synonymes de bore out ! Selon le professeur Christian Bourion, pionnier en la matière, le bore out est « un ensemble de symptômes liés à la détérioration de la personnalité mentale et éventuellement psychique d’un individu. » Ceci ayant pour conséquence de déclencher, chez certains salariés, « la maladie de l’incompétence ». Cette pathologie du travail provoquerait un sentiment de vide et d’incapacité professionnelle qui empêcherait les salariés touchés à retravailler normalement. On comprend mieux pourquoi les fonctionnaires paniquent lorsqu’ils finissent par travailler dans le privé.

Selon une étude, plus d’un tiers des salariés serait atteint de cette curieuse maladie ! Celle-ci serait donc plus répandue que le burn out, qui lui toucherait environ 10% des professionnels. Mais le bore out n’a pas que des répercussions mentales. Les salariés atteints présenteraient des risques deux à trois plus élevés d’accidents cardiovasculaires par rapport aux salariés stimulés par leur travail.

Qui sont concernés ?

Selon Christian Bourion, les premiers concernés par cette maladie sont ceux occupant des postes tels que concierge, policier ou même gardien d’immeuble. C’est-à-dire des postes dont les tâches sont d’attendre encore et encore. Mais vous allez me dire : et les fonctionnaires ? En effet ! Les fonctionnaires sont aussi les premiers concernés. Comme l’a dénoncé Zoé Shepard, auteure du livre « Le paradoxe des fonctionnaires », bon nombre de postes de fonctionnaires sont vides d’utilité et ennuyeux à mourir! Et provoquent, comme dans le secteur privé, des maladies d’incompétence. Sous le règne de Louis XIV, il existait déjà des postes de fonctionnaires considérés comme peu voire pas du tout utiles. Les « hâteurs de rots », par exemple, étaient chargés de taper dans le dos du roi pour, comme leur nom l’indique, hâter les rots du monarque. Les « galopins », de même, étaient chargés de courir entre les cuisines et les salles à manger pour tenir au courant les convives de l’avancement des plats… Mises à part ces tâches plus que curieuses, ces « fonctionnaires » ne faisaient rien de leur journée !

La solution ?

Pour Christian Bourion, la réponse la plus simple et la plus radicale est de démissionner ! S’il n’est pas possible de s’occuper au travail sans regarder les mouches voler ou sans empiéter sur le travail des autres, force est d’admettre que changer de boulot sera la solution la plus radicale. Mais le chercheur l’admet, ce n’est pas une décision facile. Le chômage étant la bête noire de beaucoup de gens – si ce n’est de tout le monde- les salariés atteints de bore out préfèrent généralement se dire que « ça va passer » ou, pour les plus lucides, que la vie est ainsi faite. Mais le chercheur d’ajouter qu’il vaut mieux profiter de ces temps morts au travail pour réfléchir sur soi et ses perspectives de carrière, plutôt que de ne rien faire. Pas besoin d’avoir un doctorat pour savoir ça.

Bref, qu’il s’agisse du burn out ou du bore out, aucune de ces deux pathologies ne sont encore reconnues comme des maladies du travail à proprement parler ! En effet, une maladie du travail est reconnue comme telle seulement s’il est prouvé qu’elle est liée au travail du malade, et qu’elle entraîne soit la mort, soit le handicape de celui-ci. Il existe toutefois des cas particuliers où il est possible de faire reconnaître votre « maladie » auprès de votre employeur. Mais pour l’instant, si l’on suit la logique de l’Etat, il faudra attendre qu’il y ait plus de morts liés au burn out ou bore out pour accepter de donner des congés maladie sans avoir à se battre avec son employeur. Sinon quoi, comme le conseille Christian Bourion, mieux vaut démissionner. Le travail ne vaut pas la peine qu’on se tue pour lui.  

Cyril Garrech
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Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
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