Entreprise

Se déconnecter du travail : un rêve coréen

Selon The Guardian, la Corée du Sud prévoit une loi interdisant aux employeurs de contacter leurs salariés en dehors des heures de bureau. Un projet de loi strict mais fondé sur le nombre innombrable de plaintes de la part du salariat mais aussi sur le fanatisme de la culture d’entreprise sud-coréenne.

La Corée du Sud, une Terre zélée

Ancien président de la filiale française LG, Eric Surdej relate son expérience dans le monde professionnel sud-coréen à travers son livre on ne peut plus évocateur «  Ils sont fous ces Coréens : 10 ans chez les forcenés de l’efficacité ». Fanatisme du rendement, dix à douze heures de travail par jour, culture d’entreprise zélée et omnipotente, vie privée réduite à néant : l’entreprise sud-coréenne, bien moins qu’un stéréotype, est le quotidien de millions de salariés.

Tant et si bien que selon un sondage de la Banque Chartered, 80% des sud-coréens interrogés estiment avoir un déséquilibre entre vie professionnelle et vie privée. Et pour cause, la Corée du Sud travaille à peu près 2124 heures par an, soit une quarantaine d’heures par semaine. La France, elle, ne travaille que 1650 heures par an.

Un monde ultra-connecté

Berceau de la nouvelle technologie, la Corée du Sud est aussi un pays ultra-connecté. Avec 80% de la population possédant un smartphone, nul besoin de préciser que les salariés font partie des citoyens les plus connectés du pays. Ce qui a pour conséquence néfaste d’empêcher les travailleurs de se déconnecter une fois rentrés chez eux. D’autant plus que, comme la culture d’entreprise sud-coréenne l’explique, les salariés sont toujours poussés à se montrer disponibles pour travailler, à toute heure de la journée.

Les abus se multipliant de la part des employeurs, les salariés portent donc régulièrement plainte contre ce qu’ils nomment du harcèlement et surtout, une atteinte à la vie privée. Douze députés du parti d’opposition Minju soutiennent donc un projet de loi interdisant aux employeurs de contacter leurs salariés en dehors des horaires de bureau et ce, de quelque façon que cela soit : SMS, réseaux sociaux, appels téléphoniques. Seuls les messages à caractère professionnel seraient interdits.

Et la France alors ?

En France, le Code Pénal prévoit de lourdes sanctions pour les employeurs empiétant sur la vie privée des salariés, la Cour de Cassation estimant qu’un travailleur ne répondant pas au téléphone en dehors des heures de bureau n’est pas fautif et peut, au pire, se retourner contre son employeur. Mais ces situations judiciaires ne concernent que les cas extrêmes d’harcèlement et de licenciement abusif.

Bien que les syndicats de salariés soient largement en faveur d’une loi similaire à celle prévue en Corée du Sud, celle-ci n’a toujours pas été ratifiée en France. Pour contrer ce fléau professionnel, plus d’un million de salariés insèrent la mention « Pas de mails de travail après 18h s’il vous plaît »  à la fin de leurs mails. Une initiative comme une autre pour se déconnecter du travail.

Cyril Garrech
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Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
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