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Sciences Po ou le CELSA : que choisir ?

Dans un éternel combat opposant deux institutions parisiennes de haut niveau, Sciences Po Paris et le CELSA figurent comme des références en matière de formation en communication. Si vous vous rêvez « Dircom », « planneur strat’ » ou encore classiquement consultant en agence, vous croiserez bon nombre de vos prochains collaborateurs et managers ayant fréquenté les bancs de Sciences Po ou du CELSA. Mais à moins que vous n’ayez la motivation sans faille de cumuler les deux écoles sur votre CV, il vous faudra choisir. Mais qu’est-ce qui différencie fondamentalement ces deux écoles ? Plutôt que de copier-coller les maquettes pédagogiques, j’ai décidé de vous livrer mon expérience, ayant réalisé un master dans chacune de ces écoles.

 

Le CELSA Sorbonne Université : le nec plus ultra de la recherche

#L’esprit de l’école

Grande École de la Sorbonne (Paris IV) vieille de 63 ans, le CELSA est tout bonnement la seule et unique école de recherche en sciences de la communication et de l’information. Qu’il s’agisse d’étudier en profondeur les médias, le marketing, le journalisme, la communication politique ou encore d’opter pour un parcours pluridisciplinaire comme le Magistère, le CELSA vise à former l’excellence des futurs communicants entièrement baignés dans le milieu de la recherche. Un esprit de recherche immuablement rattaché à l’essence de la Sorbonne.

Le bâtiment du CELSA, installé à Levallois-Perret (92300)

Impossible de sortir du CELSA sans avoir mangé du Roland Barthes, du Michel Foucault ou du Guy Debord à toutes les sauces. Ou sans avoir entendu parlé de « dépublicitarisation », d’« hyperpublicitarisation » ou de carrés sémiotiques. Bien qu’il existe une multitude unique de parcours spécialisés, chaque élève ressort du CELSA avec l’âme de « celsien » : un regard lettré, cultivé et rigoureux sur le milieu de l’information et de la communication capable d’investir les stratégies de grands groupes ou de nourrir le monde la recherche. Peu étonnant à ce que l’école rassemble principalement des étudiants de prépa littéraires et de licence en sciences humaines, ainsi que des étudiants d’IEP et d’écoles de commerce au niveau Master.

#Le niveau des formations

Le CELSA propose une palette exhaustive de formations dans les métiers de la communication et de l’information : cela va aussi bien du parcours de « marques » (marketing, publicité et communication) qu’au parcours de « ressources humaines et conseil », en passant par le parcours « médias », « entreprises et institutions », ou encore « magistère » qui se présente comme un parcours d’excellence par sa multidisciplinarité. Les cours sont assurés aussi bien par des intervenants professionnels que par des professeurs-chercheurs issus notamment du GRIPIC, le laboratoire de recherche en sciences de l’information et la communication (SIC) du CELSA. La Directrice de l’école, Karine Berthelot-Guiet, elle-même chercheuse, assure également des cours en SIC. Sociologie, anthropologie, marketing de l’art,  mécénat, design, planning stratégique, sémiologie, communication du luxe, concours d’agence, marketing politique, journalisme : l’éventail de cours est aussi exhaustif qu’approfondi, contrairement à celui de Sciences Po qui reste plus transdisciplinaire. Impossible de ne pas « matcher » avec un cours durant sa formation. Pièce maîtresse du parcours de celsien, le mémoire reste une valeur ajoutée aussi bien pour son parcours scolaire et professionnel que pour son épanouissement intellectuel tant les attentes sont élevées en la matière – particulièrement pour les élèves ayant opté pour le parcours « recherche ».

Si le CELSA propose une palette de formations approfondies en communication, le bémol réside sûrement dans le fait que le programme global a du mal à se moderniser et à affronter des thèmes d’actualité comme les nouvelles technologies qui restent inégalement abordées dans les masters – contrairement à Sciences Po, très ancré dans l’actualité – ou à apporter des cours pratiques obligatoires à tous les élèves en matière de communication opérationnelle comme la maîtrise des outils de traitement d’image, très demandée par les employeurs. Mais ces bémols restent éclipsés par l’excellence de la formation, les multiples stages possibles chez de grandes marques et le sentiment d’appartenance à l’Université de la Sorbonne qui, par ailleurs, se présente comme une marque incontournable sur le CV à l’international par rapport à Sciences Po.

#Le campus

Malgré son charme, le campus du CELSA est malheureusement trop petit pour le nombre d’élèves qui y étudient. Bien que la promiscuité inhérente à sa petite taille crée une aura « familiale » au CELSA, l’établissement manque indéniablement de place pour travailler en dehors des horaires de cours – la bibliothèque ne peut contenir qu’une trentaine de personnes -, pour déjeuner ou tout simplement pour s’asseoir tranquillement en pleine heure de pointe. Localisé à Levallois-Perret, le CELSA a souvent de quoi décourager les candidats, mais aussi les intervenants, à rejoindre l’école – surtout par rapport au campus très central de Sciences Po Paris.

#Les frais de scolarité

Autre avantage compétitif indétrônable, le CELSA représente la Grande École la moins chère sur le marché en calquant le prix des formations aux droits universitaires classiques. Si vous êtes boursier, c’est le jackpot, vous ne paierez quasiment rien. Et si vous ne l’êtes pas, le Master ne vous coûtera que quelques centaines d’euros.

#Le réseau CELSA

Dernier aspect de l’école qui mériterait peut-être plus d’efforts : son réseau d’alumnis, composé d’environ 800 adhérents. Alors que Sciences Po brille par son réseau international et fourni de dizaines de milliers d’élèves, les anciens celsiens restent discrets sinon difficiles à retrouver. Le sentiment d’avoir fait une école commune, de venir d’une même famille universitaire, reste assez faible et dilué avec le temps lorsque l’on rencontre d’anciens diplômés. Le CELSA lui-même peine à mettre en avant des profils d’alumnis capables d’émerveiller et de rassembler. Pourtant, la liste d’anciens élèves ayant accédé à des postes de direction de grands groupes ou ayant lancé leurs propres entreprises n’a rien à envier à Sciences Po.

 

Sciences Po Paris : l’éternelle école de l’influence

#L’esprit de l’école

Étudier la communication à Sciences Po pourrait peut-être apparaître comme un pléonasme, tant les sciences politiques sont indissociables de l’étude des publics, de la rhétorique, des affaires publiques, bref : de la communication avec un grand C. École de référence par son histoire vieille de presque 150 ans, Sciences Po représente aussi bien l’école du pouvoir, de l’influence que de l’élite gouvernementale et corporate – passerelle privilégiée à l’ENA, au Quai d’Orsay et aux multitudes de concours de la haute fonction publique.

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Le jardin de Sciences Po Paris, installé à St Germain-des-Près (7ème, Paris).

École de la pluridisciplinarité et du « pro bono » par excellence, se former à Sciences Po, c’est se préparer à être un fin stratège capable de « parler de tout » et de « changer le monde » pour le meilleur. Se voulant le « Harvard » français, l’école abrite en son sein une palette d’écoles formant aussi bien des politiciens, des journalistes, des financiers, des haut-fonctionnaires, des marketeurs spécialistes du luxe, des chercheurs, des avocats, des ingénieurs à l’occasion de doubles-diplômes, des communicants : bref, Sciences Po mène finalement à (presque) tout.

#Le niveau des formations

On ne va pas s’attarder sur les 29 masters qui décomposent les écoles de Sciences Po, mais davantage et bien entendu sur le Master de « Communication, Médias et Industries Créatives » qui constitue la seule formation en communication de l’école – bien que les Masters « Marketing », « Affaires Publiques » et « Finance et Stratégie » peuvent plus ou moins mener à des débouchés similaires. Issu de l’ancienne École de la Communication née dans les années 2000, l’actuel Master vise, comme son nom l’indique, à aller plus loin qu’une formation canonique en communication et en média en s’intéressant aux industries créatives. Le Master, enseigné dans la « Business School » de Sciences Po, propose donc un socle très solide en management (finance, comptabilité, management, marketing) et des cours propres au Master. L’avantage et inconvénient est que tous les élèves doivent choisir leurs cours (« IP ») : ce qui fait aussi bien des heureux que des malheureux qui devront, durant tout un semestre, assister à des cours de communication alors qu’ils se destinent aux métiers de la production audiovisuelle ou musicale.

Car ce Master vise en effet à former des managers de la communication et des médias d’un côté et des professionnels des industries créatives d’autre part, ce qui a tendance à rendre le positionnement de la formation assez flou – aussi bien auprès des employeurs qu’auprès des candidats. Mais qu’importe : l’éventail de cours proposé excelle par la qualité de ses intervenants, qu’il s’agisse de PDG, d’artistes, d’entrepreneurs, de politiciens ou de chercheurs zélés. Bien que la pédagogie ne soit pas toujours le fort de chacun de ces acteurs – n’est pas professeur qui veut -, la bienveillance, la cadrage et l’exigence des responsables pédagogiques restent exceptionnels. En tant que Master de Sciences Po Paris, la priorité est donnée à l’esprit critique et à la pluridisciplinarité, mêlant aussi bien des cours d’histoire, d’économie, de sciences politiques, de finance, de médias et du large spectre de la communication : corporate, publique, politique, commerciale, influence, créative, la liste est longue. Mais ne vous attendez pas à pouvoir bénéficier de tous les cours. Comme spécifié précédemment, les élèves choisissent leurs cours : selon leurs affinités et les disponibilités. Ce qui, sur 2 ans, vaut à peine la quantité de cours en communication assuré sur 6 mois au CELSA. Et ce qui, en fin de formation, fait des élèves de Sciences Po des communicants « tout-terrain », agiles intellectuellement, mais bien moins « érudits » en la matière face au CELSA qui forme des professionnels-chercheurs spécialisés.

#Le campus

Face au CELSA, Sciences Po peut se targuer d’avoir des locaux particulièrement attractifs, flanqués en plein milieu de Paris et du très bourgeois quartier de St-Germain-des-Près. En pleine construction du nouveau campus de l’Hôtel de l’Artillerie qui ouvrira en 2022, les locaux de Sciences Po peuvent être critiqués par leur manque de place en période d’affluence. Tout particulièrement pour travailler en groupe lorsque les salles de bibliothèques et la salle du Master sont pleines. Mais globalement, aucune école ne peut rêver mieux en termes d’infrastructures : bibliothèques très fournies, deux restaurants du CROUS, salles de classe cossus. Le CELSA ne peut pas rivaliser sur ce point (mais n’oublions que le CELSA est une institution publique, avec des moyens bien plus modestes).

#Les frais de scolarité

Une malédiction pour certains, une bénédiction pour d’autres : le système de frais de scolarité, basé sur l’équité et donc calqué sur les revenus fiscaux, peut aussi bien vous accorder la gratuité et une bourse Sciences Po en bonus (environ 75% du montant de la bourse du CROUS) que faire flamber vos frais de scolarité en Master jusqu’à 14 500 euros l’année. Sachant qu’il y a deux années, gare à bien calculer son coup. L’année d’alternance en deuxième année permet cependant de s’exonérer des frais de scolarité.

#Le réseau Sciences Po

Face au CELSA, Sciences Po est l’as du réseau. Suivant la loi de Meltcafe, un réseau doit son intensité au nombre de membres qui le composent. Et quand on sait que rien que la promo 2018 a compté 2394 élèves diplômés, le CELSA fait malheureusement pâle figure avec ses 800 adhérents au réseau d’alumnis. Que vous ayez fait des affaires publiques, du journalisme ou de la communication, le réseau des diplômés traite chacun de ses anciens élèves comme appartenant à la maison Sciences Po, permettant aussi bien de networker, que de trouver un emploi ou des collaborateurs.

 

Bref, finalement : que choisir ?

Si le CELSA se présente comme l’école de référence si vous souhaitez étudier la communication en profondeur sous l’angle de la recherche, Sciences Po est l’école parfaite pour les élèves qui veulent s’engager dans une formation pluridisciplinaire et survoler le secteur de la communication. Car si être « celsien » vous destine tout spécifiquement et de façon privilégiée aux métiers de la communication, faire Sciences Po vous ouvrira bien plus de portes que celles des métiers de la communication stricto sensu, mais vous laissera sur votre faim si vous souhaitez une formation en communication spécialisée.

Stages, césure, entreprises partenaires, associations : il y aurait encore tant à dire sur ces deux écoles qui, finalement, se concurrencent particulièrement au niveau du Master. Mais à niveau d’excellence égal, rien de mieux que de choisir l’école dans laquelle on se sent le mieux et qui nous ressemble. Sinon, faites les deux !

Cyril Garrech-Casanova
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Cyril Garrech-Casanova

Fondateur et rédacteur en chef d'Economyandco!
Étudiant à Sciences Po Paris, diplômé du CELSA-Sorbonne et de l'Institut Mines-Télécom Business School.
(Promis, j'arrête bientôt les études)
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