Economie

RSA et bénévolat : doit-on rémunérer un acte moral ?

Alors que le conseil départemental du Haut-Rhin a décidé de conditionner le versement du RSA à des heures de bénévolat, il est intéressant de se demander si l’on doit rémunérer un acte moral.

En effet, n’y-a-t-il pas une contradiction concernant le fait même d’être payé pour quelque chose que l’on doit faire initialement gratuitement ? Pour ce qui est du bénévolat, la réponse est oui. Mais écartons-nous de ce débat précis pour aborder une question plus générale, à savoir : rémunérer un acte moral motive-il plus les gens à effectuer ce premier ?

Dans son livre « Homo Economicus », Daniel Cohen prend l’exemple du don du sang pour répondre à cette question :

«  Le directeur d’un centre de transfusion sanguine, souhaitant accroître ses stocks, eut un jour l’idée d’offrir une prime aux donneurs de sang. À sa stupéfaction, le résultat fut exactement inverse : leur nombre chuta. […] Les donneurs font preuve de générosité. Ils sont habités par un comportement moral, de souci de l’autre. Le fait d’être rémunéré change tout. »

En effet, la valeur argent chasse la valeur morale ! Les donneurs, qui veulent avant tout effectuer un acte éthique, sont désormais réticents à l’idée de monnayer leur sang. Selon Daniel Cohen, une personne ne peut adopter un comportement intéressé financièrement et moral en même temps. C’est soit l’un, soit l’autre. Il reprend d’ailleurs un exemple très intéressant à ce sujet : «  Un ami vous raccompagne chez vous pour vous éviter de prendre un taxi. Si vous le remerciez en lui donnant le prix de la course qu’il vous aura évitée, vous le perdez comme ami ».

Le débat peut d’ailleurs s’étendre à l’école. En effet, les parents doivent-ils récompenser leurs enfants afin de les motiver d’avoir de bonnes notes ? Doivent-il finalement « rémunérer » un comportement pourtant moral que leur enfants doit adopter ?

Pour les chercheurs Jean Tirole et Roland Bénabou, la réponse est non. En effet, une telle récompense perturbe l’enfant, celui-ci se demandant si ses parents ne font pas cela pour qu’il ait des bons résultats car ils savent qu’il n’a pas les qualités nécessaires pour les obtenir sans récompense. Ce qui aboutit finalement au découragement de l’enfant.

À l’inverse, s’il ne faut pas rémunérer un acte moral souhaitable, doit-on par contre pénaliser financièrement un acte amoral ?

Pour répondre à cette question, prenons le célèbre exemple de la parabole de la crèche d’Haïfa. En Israël, le directeur de la crèche de la ville d’Haïfa est fatigué de voir les parents venir chercher leurs enfants en retard. Pour lutter contre ce fléau, il décide de tarifer 10$ par heure de retard. Mais à sa grande surprise, plutôt que d’endiguer les retards, ils se multiplient par trois le lendemain !

Quelle leçon peut-on en tirer ? Tout comme le don de sang ou la récompense pour les bonnes notes, introduire la notion d’argent dans un acte moral modifie toute une chaîne de valeurs. En effet, la valeur monétaire chasse la valeur éthique, car comme le disait Daniel Cohen, les deux ne peuvent être adoptées en même temps par une personne. Le bénévolat, par exemple, ne devrait pas être rémunéré, du moins pas avec de l’argent (des avantages en nature peuvent être attribués par exemple).

C’est pour cela que, pour revenir sur le sujet initial, le RSA ne doit pas être conditionné à du bénévolat. Car d’une part, ce dernier est par définition un acte rendu gratuitement. Et d’autre part, comme nous l’avons vu à travers maints exemples, un acte moral ne doit pas être rémunéré. Pour ce qui est de la condition d’attribution même du RSA, c’est un tout autre débat social et économique…

Cyril Garrech
Suivez-moi !

Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
Cyril Garrech
Suivez-moi !