Economie

Pourquoi Télécom Ecole de Management peut rentrer dans le TOP 10 des écoles de commerce

Autrefois appelée « INT » – Institut National des Télécommunications – Télécom Ecole de Management (TEM) a rejoint le club très prestigieux de l’Institut des Mines-Télécom en 2012. Aux côtés des mythiques écoles des Mines et de ses sœurs Télécom ParisTech et Paris Sud, TEM a tout pour devenir une Grande École de commerce de renom, unique en son genre et qui n’a rien à envier aux autres écoles de management plus classiques. Seulement la recette ne prend (toujours) pas. Explications.

Un cursus unique et accessible : que demander de plus ?

Le Programme Grande École de TEM reste le plus prisé parmi les autres formations de l’école. Avec son cursus en trois ans, le programme permet, durant les deux premières années, d’acquérir toutes les clés et tous les outils de base du manager. Comptabilité, marketing, ventes, gestion, finance : tout y est. Le plus de la formation ? Des cours davantage orientés vers les NTIC tels que la programmation, les bases de données, les télécom, et – symbole de ce qui se fait de mieux au sein de l’école – les systèmes d’information. Il est également proposé aux élèves – dont les notes le permettent – de suivre en deuxième année le cursus en anglais, qui permet notamment de s’immerger aux côtés d’étudiants étrangers.

Le cursus est, à l’instar des autres écoles de commerce, ponctué de séjours à l’étranger dans de nombreuses universités partenaires et même d’une année de césure qui permet de se professionnaliser ou de se consacrer au projet de son choix.

Arrivé en dernière année, les étudiants se spécialisent : RH digital, marketing digital, systèmes d’information, entrepreneuriat, finance ou encore projets audiovisuels. La palette de majeures reste variée au sein de l’école. À ces majeures en français s’ajoutent des masters en anglais, intégrés au sein de Masters of Science, tels que ICT Business Management ou International Marketing and Strategy. Quentin, qui a opté pour le master « Marketing Digital » en alternance, est heureux de son choix. « Je trouve que c’est une très bonne école, TEM était mon premier choix après la prépa’. Je voulais une école tournée vers le digital et j’en suis très satisfait« .

Pour finir, et il s’agit sans doute de l’un des meilleurs argumentaires de vente de l’école, le cursus proposé reste l’un des plus accessibles sur le marché des écoles de commerce. Pour un prix annuel de 6550€, TEM reste bien en-dessous du prix annuel moyen des Grandes École de commerce qui atteignait les 10 252€ en 2015. Cerise sur le gâteau : les boursiers n’ont absolument rien à débourser et peuvent profiter, en plus, de la bourse de l’Institut Mines-Télécom.

Jouissant de deux accréditations prestigieuses – AACSB et AMBA -, s’enorgueillissant d’un salaire moyen annuel de 40 654€ et proposant un cursus unique en son genre, TEM a tout pour caracoler dans les classements. Mais qu’est-ce qui lui fait autant défaut au point de la faire chuter dans les classements ?

Une école victime d’une stratégie trop floue

Les explications abondent, malheureusement, pour mettre en relief le ralentissement regrettable de cette Grande École.

À commencer par la difficile mise en place d’une stratégie de long-terme viable de la part de la direction. Et pour cause, les directeurs de TEM se sont succédé en l’espace de quelques années, déstabilisant profondément la ligne de conduite de l’école. Pour Christophe, élève ingénieur désormais diplômé de TEM, « ces changements de direction ont assurément empêché TEM de redécoller dans les classements« .

De son côté, la recherche, qui reste l’un des critères essentiels pour juger l’excellence des écoles de management, est cantonnée au strict minimum. Les chercheurs ne semblent en effet aucunement motivés à publier des articles de recherche dans les revues scientifiques alors que, dans certaines autres écoles mieux classées, les chercheurs ont bien souvent des résultats à atteindre chaque année pour garder leur poste. Ce qui contribue à mettre en avant l’excellence de la recherche au sein de l’école.

La faute aussi à la localisation du campus ? Même si HEC et l’ESSEC ont respectivement Jouy-en-Josas et Cergy-Pontoise comme fiefs, TEM reste peu attractive du fait de sa localisation à Evry, située à plus de 50 minutes de Paris en RER et qui peine à attirer élèves et intervenants professionnels parisiens. Bien heureusement, le campus reste très grand, ce qui contrebalance le tout, mais l’état des locaux reste malheureusement très sommaire et antique. Pour une école Télécom, il est regrettable de voir un campus aussi peu moderne.

Point aussi regrettable : le cruel manque de doubles-diplômes. Si TEM et sa sœur TSP ont bien entendu créé le double-diplôme manager-ingénieur, il faut toutefois préciser que celui-ci reste principalement – voire exclusivement – proposé aux ingénieurs, et non aux managers qui n’ont pas les connaissances préalables. Il serait donc judicieux d’adapter le programme aux élèves managers. De plus et malheureusement, les doubles-diplômes avec les établissements extérieurs ou étrangers restent cruellement rares. Les élèves admis en double-diplôme à Dauphine ou la Sorbonne-Paris 1 se comptent sur les doigts de la main et les formations proposées restent très peu tournées vers davantage de complémentarité ou d’originalité. Pourquoi ne pas nouer des partenariats avec des IEP, des écoles de communication ou d’art ?

Pour terminer, la stratégie de communication adoptée par l’école reste très perfectible. À commencer par le manque de parole de TEM : ses élèves, ses professeurs, ses dirigeants restent assez mutiques. Le manque d’intervention au sein de la presse ainsi que la communication très peu différenciante de l’école – « #BeTheNextOne » – apportent peu de crédit et de voix à TEM. Astrid, élève en dernière année du programme Grande École, déplore la stratégie de communication adoptée par l’école : « ils doivent sérieusement retravailler leur communication !« .

Si le nom de l’école pâtit d’un manque de reconnaissance auprès des employeurs et de universitaires, il serait pertinent de positionner TEM comme « l’École de Management de l’Institut Mines-Télécom » et d’arrimer sa communication à celle du prestigieux groupe d’ingénieurs.

Une école en demi-teinte qui a pourtant tout pour exceller

Toute école est ponctuée de défauts, qu’ils soient propres au cursus, à l’administration ou à la stratégie adoptée. Mais TEM reste sûrement l’une des écoles les plus frustrantes parmi toutes les Grandes Écoles de commerce. Pourquoi ? Car elle a absolument tout pour faire partie du top 10. Son manque de stratégie ambitieuse et claire, ainsi que son manque de modernité et de communication l’handicapent cruellement. Et la cantonnent, tant en interne que sur les classements, à une place d’école moyenne. Pour Alisraa, élève en dernière année du Programme Grande Ecole : »TEM et une bonne école mais elle ne sait pas se vendre, ce qui la rend moins attractive par rapport aux autres écoles« .

Unique école de commerce au sein de l’Institut Mines-Télécom, TEM doit accepter de faire partie intégrante de cet institut en s’inspirant de son image et en l’appliquant à sa stratégie de développement : une école de management innovante, moderne, tant dans le fond que dans la forme, en insistant davantage sur l’association du management avec l’ingénierie, dont la présence reste encore trop timide au sein du cursus.

Cette école doit s’investir, financièrement, humainement, pour redorer son image et pour devenir une référence dans l’enseignement du management et de l’ingénierie. TEM a tout le potentiel pour devenir la seule et unique Grande École de management de l’Institut des Mines-Télécom en France et en Europe.

Cyril Garrech
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Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
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