Drôle d'histoire !

Le vol est-il un crime lorsque l’on a faim ?

Voilà une question digne d’une dissertation de philosophie pour nos jeunes bacheliers. Pourtant, bien plus qu’un sujet philosophique, il s’agit d’un débat à la fois juridique et d’actualité. En effet, alors qu’un SDF d’origine ukrainienne fut écroué pour vol de nourriture dans un supermarché en 2011, la Cour de Cassation italienne a récemment jugé que ce vol ne constituait « aucun crime », car l’homme mourait de faim. Explications.

Le vol de Roman Ostriakov

En 2011, dans la banlieue de Gênes, en Italie, un client de supermarché dénonce un vol auprès de la sécurité. Le voleur, arrêté sur le champ, est Roman Ostriakov, un SDF d’une trentaine d’années d’origine ukrainienne. Son butin : deux morceaux de fromage et un maigre paquet de saucisses, pour un total de 4,07€. Arrêté puis présenté devant un juge, celui-ci le condamne à 6 mois de prison et à une amende de 100€. Roman Ostriakov fait tout de même appel et, après quelques demandes infructueuses, son dossier est finalement transmis à la Cour de Cassation d’Italie qui – dans un mouvement d’humanité surprenant – décide d’annuler la condamnation du SDF pour deux raisons.

La première est que l’individu ne s’est ni enfui, ni débattu pendant son arrestation et a reconnu son entière culpabilité. La seconde est que Roman Ostriakov était clairement affamé et, qu’ainsi, son vol constituait une nécessité pour sa survie et non un crime. Le débat, pourtant juridique, est allé beaucoup plus loin.

Depuis le XIIIème, le vol n’est pas un crime en cas de nécessité

« Le droit à la survie l’emporte sur la propriété » ont déclaré les juges, « voler n’est pas un crime » dans un tel contexte. Et le président de la Cour de Cassation d’ajouter que «  dans un pays civilisé, même le pire des hommes ne doit pas mourir de faim. »

Le philosophe et théologien Saint Thomas d’Aquin, qui était chrétien catholique, énonçait, au XIIIème siècle qu’en cas de « nécessité […] urgente et évidente […] quelqu’un peut licitement subvenir à sa propre nécessité avec le bien d’autrui ». En concluant qu’ « il n’y a là ni vol ni rapine à proprement parler. »

La Cour de Cassation italienne a finalement respecté ce que Saint Thomas d’Aquin aurait appelé « la justice de Dieu » et ce que d’autres appelleraient, simplement, l’humanité.

Cyril Garrech
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Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
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