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« Le Projet Blair Witch » : la rumeur comme campagne publicitaire !

Devenir “viral” représente le Saint-Graal de tous réalisateurs, journalistes, twittos ou chanteurs. Être au centre des conversations et des médias est à la fois le moyen et la finalité du succès. Surtout à l’ère du numérique et des réseaux sociaux. Et faire parler de soi, par le bouche-à-oreille et les rumeurs, peut se faire à un coût dérisoire pour un gain incroyable. Et en 1999, le film d’épouvante « Le Projet Blair Witch » l’avait déjà bien compris !

La rumeur: elle coûte peu et rapporte beaucoup

Le Projet Blair Witch (1999) / source : ecx.images-amazon.com/

Le Projet Blair Witch (1999) / source : ecx.images-amazon.com/

Le film, réalisé par Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, prend la forme d’un (faux) documentaire mené par trois reporters :  Heather, Michael et Joshua. Ces derniers enquêtent sur l’étrange histoire de la sorcière Blair Witch, qui hanterait la forêt de Black Hill. Le film commence en spécifiant que ce même documentaire aurait été découvert un an après la disparition des jeunes reporters. Mais les réalisateurs ont voulu surenchérir l’épouvante du film en laissant planer d’angoissantes rumeurs autour du film qui, sans cela, n’auraient sûrement pas fait de celui-ci un succès !

En effet, la particularité du film est que les réalisateurs ont laissé les trois principaux acteurs seuls dans une forêt pendant 8 jours ! Equipés de deux caméras et d’un GPS, les reporters ont donc joué leur rôle de bout en bout.

En plus de ces conditions de tournages singulières, les réalisateurs furent les premiers à utiliser Internet pour promouvoir leur film. Mais d’une façon tout aussi singulière… En effet, en créant le site : www.blairwitch.com , les réalisateurs ont tout mis en œuvre pour faire croire à la disparition de ses acteurs ! Le but étant d’attiser la curiosité du public. Ils ont ainsi créé des bouts de journaux intimes, comme celui de l’actrice principale Heather, consultables sur le site. Des bandes sonores, tirées des magnétophones des reporters disparus, étaient aussi disponibles. Ou encore des extraits du documentaire et des photos prises à l’arrachée permettaient aux curieux de devenir – finalement –  les futurs spectateurs du film. Les forums permettaient aussi aux internautes d’alimenter l’univers angoissant du film, en faisant part de leurs inquiétudes et de leur avis.

Cette campagne de communication a permis un retour sur investissement absolument incroyable ! Le coût total du film fut estimé à 75 000 dollars, pour arriver à une recette mondiale de 248 millions de dollars ! La « viralité » des rumeurs a donc permis au film un succès retentissant et mythique.

Cannibal Holocaust : précurseur de la rumeur malgré lui

Mais « Le Projet Blair Witch » ne fut pas le premier à utiliser ce type de campagne. En 1979, « Cannibal Holocaust » suivait exactement le même principe, mais sans internet. Le film met en scène une équipe de reporters réalisant un documentaire sur une tribu d’indigènes, avant de découvrir, avec horreur, leurs rituels cannibales. La suite on la connaît tous plus ou moins… Le réalisateur  Ruggero Deodato choqua le public mais aussi la justice ! Il fut en effet accusé d’avoir tué ses acteurs, tant les effets spéciaux étaient réalistes pour l’époque. Il dut ainsi prouver devant un juge qu’il s’agissait de trucages et non de meurtre.  Bien que censuré dans de nombreux pays, le succès du film s’expliqua lui aussi par les rumeurs qui s’alimentèrent autour de lui.

Aujourd’hui, une myriade de films a tenté et tente encore de suivre le même principe que le « Projet Blair Witch » ou « Hannibal Holocaust », parmi lesquels « Paranormal Acticty » ou encore « Rec ». Mais les flux d’informations sur les réseaux sociaux et internet sont tels, qu’ils ne permettaient plus de travestir l’histoire d’un film. Ils peuvent, à minima, alimenter les rumeurs les plus folles et faire parler d’un film…

Cyril Garrech
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Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
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