Entreprise

La rémunération des PDG et le dangereux dégoût des consommateurs

En 2014, selon une étude du High Pay Centre, les 100 plus grands patrons côtés à la Bourse de Londres touchaient 148 fois plus que le salaire moyen de leurs employés ! C’est-à-dire que ces mêmes patrons gagnaient plus en deux jours qu’un salarié en un an.

Le débat sur le salaire mirobolant des chefs d’entreprise ne date pas d’hier à vrai dire. Amoral ou mérité ? Certaines directives ont déjà été prises concernant cette inégalité, telle que l’obligation de transparence en matière de fiche de paie du patron. Ou bien la politique du « Say on Pay » qui consiste à faire voter le montant du salaire du dirigeant lors des assemblées d’actionnaires.

Milton Friedman, l’économiste libéral par excellence, justifierait les salaires excessifs des patrons par la phrase : « Business is business ». Et d’ajouter que la morale et l’entreprise sont deux mondes totalement différents et qui ne devraient en aucun cas s’influencer, la responsabilité première de l’entreprise étant de faire des profits. Mais que se passe-t-il si l’on prend en compte l’avis des consommateurs, majoritairement salariés ? Imaginez donc que vous êtes salarié chez l’entreprise A et que vous avez récemment découvert que votre patron gagnait 148 fois plus que vous. Cela va-t-il changer votre mode de consommation ?

C’est ce sur quoi s’est penchée l’étude « Paying Up for Fair Pay : Consumers Prefer Firms with Lower CEO-to-Worker Pay Ratios »1 qui affirme que les consommateurs sont susceptibles de se tourner vers des entreprises dont l’écart de salaire entre PDG et employés est plus équitable. L’étude s’est basée sur l’expérience suivante : proposer à un groupe de consommateurs deux produits identiques, au même prix mais d’entreprises différentes. L’un provenant d’une entreprise équitable en termes d’écart de salaire PDG-employés et l’autre provenant d’une entreprise aux écarts de salaire très importants. Près de 30% des interrogés étaient prêts à payer plus cher un produit d’une entreprise « équitable » plutôt que de se tourner vers une entreprise moins équitable. De même les chercheurs ont été surpris de voir qu’il a fallu baisser le prix du produit de l’entreprise la moins équitable de 50% pour que les consommateurs acceptent de l’acheter !

Finalement, si les consommateurs étaient tous parfaitement informés des écarts de salaires entre patrons et employés, les entreprises les moins justes seraient balayées au profit d’entreprises plus équitable. La loi de l’offre et la demande peut donc avoir une morale, n’en déplaise à Monsieur Friedman.

1 From B.Mohan, M.I.Norton and R.Deshpandé – Harvard Business School, 2015

Cyril Garrech
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Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant à l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
Consultant en communication freelance.
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