Entreprise

La peur du tatouage en entreprise, un débat démodé ?

Avez-vous déjà vu un PDG d’une grande société financière saluer fièrement ses clients d’une main tatouée aux motifs tribaux ? Certes, ce cas de figure est extrême. Il peut arriver mais il est rare. Et pour cause, même si « le tatouage se transforme aujourd’hui en culture » selon le sociologue David Le Breton, le tatouage reste un frein à l’embauche, particulièrement dans certaines branches de métier.

Le tatouage, démocratisé mais mal-aimé

Selon une étude Yougov de 2015 récemment relayée par la BBC News, le tatouage aurait toujours mauvaise presse. En effet, à la question « émettez-vous un jugement plus ou moins positif envers une personne tatouée que vous rencontrez pour la première fois ? », 36% des interrogés disent émettre un jugement moins positif contre seulement 3% avec un avis totalement positif.

Cette étude, réalisée en Grande-Bretagne, est davantage significative qu’en France dans la mesure où une personne sur cinq serait tatouée dans le pays ! Contre une personne sur dix en France.

En Grande-Bretagne, l’Acas (Advisory, Conciliation and Arbitration Service) qui s’apparente au Prud’Hommes, a récemment noté une attitude hostile de la part des employeurs vis-à-vis des candidats tatoués. Appuyé par une étude du King’s College of London, l’Acas affirme même que le tatouage serait prohibé dans certaines branches de métier, telles que les compagnies aériennes. Les services d’urgence en hôpital suivraient la même logique selon cette étude.

Chez Air France, le tatouage n’est pas interdit en tant que tel – on ne peut pas empêcher un employé de se tatouer – mais il est  interdit de travailler avec un tatouage visible. Inutile de préciser que ce genre de réglementation tient à l’envie des entreprises de ne pas prendre de risque sur leur image. Ce qui expliquerait pourquoi seuls 7% des cadres supérieurs français seraient tatoués.

Pour Marie-Laure Sérié-Frachet, ex-directrice des ressources humaines, à compétences égales, un candidat tatoué sera toujours handicapé par rapport à un non-tatoué. « En entretien, je conseillerais toujours à un candidat de cacher ses tatouages ». Selon Marie-Laurence Sérié-Frachet :  « A deux candidats de même valeur mais dont l’un est tatoué et l’autre pas, on prendra celui qui n’a pas de tatouage visible. »

Une peur qui n’aura plus de raison d’être d’ici quelques années

Mais le tatouage n’a pas vocation à rester ainsi rejeté par les entreprises. En effet, selon Andrew Timming de l’Université de St-Andrews, spécialiste du sujet, un changement de mentalité est à prévoir dans les prochaines années, annonçant un « raz-de-marée » de jeunes tatoués sur le marché du travail. « Les entreprises vont bien être obligées de les accepter » commente le professeur.

Avec 47% des 18-35 ans tatoués aux États-Unis, soit près d’un jeune sur deux, les prévisions d’Andrew Timming seront vite vérifiées d’ici quelques années. Si tout le monde est tatoué, il n’y aura plus aucune raison de discriminer qui que ce soit, n’est-ce pas ?

Andrew Timming va même plus loin dans ses recherches en affirmant que dans certaines entreprises, le tatouage est même vu comme  un atout pour les employés, signe d’un esprit orignal et décalé. Ce serait le cas des milieux artistiques, du marketing, des bars et des clubs.

Pour l’Acas, pourtant conscient de la peur des entreprises d’embaucher un salarié tatoué et des enjeux autour de leur image, il est regrettable que les entreprises modernes mettent de côté des profils talentueux pour une simple histoire de tatouages.

Cyril Garrech
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Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
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