Economie

Faut-il monopoliser la création monétaire ? Cas de la Suisse

Ôter le pouvoir de création monétaire aux banques n’est pas une idée neuve : l’économiste Irving Fisher fut le premier à émettre cette idée dans les années 30, arguant que cela limiterait les risques de crise bancaire et financière. Mais c’est surtout en mars dernier 2015 que l’idée fit peau neuve alors qu’un parlementaire islandais rédigea et présenta un rapport à ce sujet.

Contre toute attente, c’est finalement en Suisse, pays fort d’un système financier représentant 12% de son PIB, où le débat fait couler beaucoup d’encre. C’est à l’initiative d’un groupe dirigé par Reisshold Harringer, docteur en économie, que le projet de « monnaie pleine » a vu le jour en Suisse. L’idée est simple et directe : ôter la possibilité aux banques commerciales de créer de l’argent ex nihilo. C’est-à-dire que les crédits accordés, par exemple, devront être couverts en monnaie banque centrale, dont la détention est bien entendu limitée. L’objectif attendu étant de réduire au maximum le risque de bulles spéculatives. Dès lors, la Banque Centrale Suisse (BCS) sera la seule à émettre à la fois monnaie scripturale et monnaie physique.

Si l’aspect économique de ce projet est bien défendu, l’aspect politique est quant à lui difficilement concevable. Car en effet, les banques commerciales étant limitées dans leurs crédits dans ce cas de figure, ce sera à la BCS de soutenir l’Etat financièrement. Dès lors si la BCS alimente directement les caisses publiques, la perte d’indépendance de la banque est à craindre. En effet si la banque, elle-même publique, prête de l’argent à l’Etat, ce dernier bénéficiera d’un monopole sur la monnaie socialement illégitime puisque la politique de seigneuriage est interdite par le traité de Maastricht.

Le porte-parole de ce projet, le professeur Harringer, défend quant à lui cette perte d’indépendance en misant sur une organisation transparente et fortement réglementée. De même, il ajoute que la BCS aura une vision de l’économie suffisamment globale pour légitimer son monopole et sa capacité à générer une croissance économique soutenue.

Pour finir, un tel remaniement du système financier risquerait de faire fuir les géants financiers internationaux qui verraient leur politique de crédits encadrée. Mais le professeur Harringer d’ajouter qu’il vaut mieux des banques modestes et utiles plutôt que des géants financiers instables.

Cyril Garrech
Suivez-moi !

Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
Cyril Garrech
Suivez-moi !