Economie

Externalité négative : cas de la mine de Germano

L’analyse des externalités négatives a été menée principalement par l’économiste A.C.Pigou dès 1912. Une externalité peut se définir comme une répercussion de l’activité d’un agent économique sur d’autres agents, sans que cela ne donne lieu à une quelconque compensation monétaire. Certaines externalités sont positives, comme par exemple l’implantation d’un cinéma devant un restaurant qui profitera à ce dernier. Mais beaucoup d’externalités sont négatives, malheureusement, ce qui tend à désavantager soit un groupe de consommateurs, soit une entreprise, soit une population toute entière !

L’une des externalités les plus récentes et catastrophiques est sans nul doute la rupture de la mine de fer de Germano au Brésil le jeudi 5 novembre 2015. La rupture entraîna un tsunami de boue et de déchets toxiques qui se déversa dans le fleuve de Rio Doce. La vague détruisit certains villages aux alentours, dont celui de Bento Rodriguez. Les déchets déversés dans le fleuve entraînèrent de même une infection grave de l’eau, privant d’eau potable près de 500 000 personnes ! Un fait gravissime et qui fut imputé à l’entreprise Samarco, elle-même propriété de BHP Hilton et Vale. Une amende de 250 millions de dollars leur fut adressée quelques jours suivant la catastrophe, alors que la Deutsche Bank estima qu’une amende d’un milliard de dollars était méritée.

Si l’on suit les enseignements du professeur Pigou, il y a une distinction à faire entre le « coût marginal privé » et le « coût marginal social ». En microéconomie, le coût marginal de production est le coût supplémentaire induit par la dernière unité produite. On en déduit donc que le coût marginal privé ne concerne que la production stricto sensu de l’entreprise, c’est-à-dire ce que lui coûte de produire la dernière unité. De même, le coût marginal social, au sens de Pigou, implique ce même coût complété par les coûts que doivent supporter les autres acteurs économiques. Autrement dit, ce coût social est ce que devrait réellement payer une entreprise s’elle prenait en compte les dommages qu’elle cause autour d’elle. Ici par exemple, BHP Hilton et Vale devraient payer un coût beaucoup plus important que ce que leur production ne leur coûte en « privé » s’ils y intégraient le coût social, comme le préconisait Pigou.

Car comme l’estimait ce dernier, une telle taxe aurait pour but de décourager la production excessive voire de diminuer celles qui impliquent des coûts environnementaux importants. Une telle mesure serait fortement adéquate avec les entreprises polluantes, plutôt que d’attendre qu’une catastrophe n’explose. Faire payer une entreprise après que les dommages n’aient été causés est certes mérité mais ne résout pas structurellement la situation : les fleuves restent intoxiqués, les animaux disparaissent tout de même et des gens meurent.

Comme le préconisait Hans Jonas dans son « Principe de Responsabilité » : la responsabilité ne concerne pas que les actes passés et présents mais aussi ceux de l’avenir.  Et les entreprises sont les premières concernées.

Cyril Garrech
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Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
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