Pub !

Burger King alerte sur le harcèlement scolaire : mais est-ce bien pertinent ?

Les entreprises deviennent-elles des mères poules ? Fais pas ci, fais pas ça, pense à la planète, donne aux autres, aime ton prochain… A la frontière entre règle morale et religieuse, les nouvelles lignes de communication modernes sont bien éloignées des campagnes de publicités du XXème siècle, orientées « produit » et qui se résumaient en un seul impératif : achetez. Et en se penchant sur l’une des dernières campagnes de sensibilisation de Burger King sur le harcèlement scolaire, on peut très facilement s’interroger sur la pertinence et la légitimité de cette initiative et de tout autre initiative similaire…

Le harcèlement scolaire, c’est pas cool

Inutile de préciser que le harcèlement scolaire, ça n’est pas bien. Utile cependant de préciser que, selon l’association NoBully, près de 30% des écoliers dans le monde affirment en être victimes. Et, bien entendu, ce fléau n’est pas à prendre à la légère et peut provoquer les pires conséquences chez un enfant : dépression, traumatismes ou, pire encore, suicide.

Burger King a donc décidé de lancer une opération coup de poing dans certains de ses restaurants : mettre en scène le malheur de pauvres écoliers, harcelés et humiliés par leurs camarades. Tout ça devant quelques clients spectateurs de la scène.

Ne sentez-vous pas un petit malaise ? C’est bien l’objectif de la campagne qui, selon moi, réussit tout à fait à transmettre le malaise des clients servis avec des « bullied burgers ». Pourtant, on se demande qui nous met le plus mal à l’aise : l’écolier harcelé, qui est un acteur, ou le client venu déjeuner tranquillement et qui se retrouve publiquement sermonné ?

Est-ce bien le bon moment et le bon endroit ?

On pourra répondre que le harcèlement vit dans l’ubiquité : sans temps ni lieu spécifique. Certes, mais c’est là que la campagne de communication perd totalement pieds avec la logique marketing et culturelle du Roi du Burger. Culturelle car, pour un client seul ou accompagné, le repas est l’un de ses seuls moments de plaisir, de tranquillité, de quiétude dans sa journée. Gâchez-le lui et il ne reviendra sûrement jamais ! Marketing car cette campagne, en effet, sacrifie littéralement des consommateurs au profit d’une campagne de communication supposée attirer de nouveaux clients – bien que l’argumentaire repose davantage sur une bataille contre le « mal » du harcèlement que sur un argumentaire commercial.

Sermonner voire humilier un client, est-ce bien raisonnable ? Est-ce aussi et surtout le rôle d’un géant du fast-food de dénoncer, de façon bien consensuelle, un tel fléau ? Et, question qui a bien dû inquiéter les marketers eux-mêmes, est-ce qu’une telle initiative est source de plus de clients, de plus de ventes ?

Bien que plus de 51% des Français estiment « qu’une entreprise doit être utile pour la société dans son ensemble » avant même ses clients (34%) selon l’IFOP, force est d’admettre qu’une profonde question de légitimé reste et restera encore posée face au principal enjeu de l’entreprise, souvent antinomique : celui de vendre.

 

Cyril Garrech
Suivez-moi !

Cyril Garrech

Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
Cyril Garrech
Suivez-moi !