Drôle d'histoire !

Anish Kapoor : l’homme qui s’est offert le noir le plus noir

Cette histoire pourrait être un conte, et pourtant elle est arrivée : l’histoire d’un homme, d’un artiste, qui s’est offert le noir le plus noir du monde. L’artiste anglais, d’origine indienne, Anish Kapoor a en effet acheté le brevet de la couleur « Vantablack », un noir si puissant qu’il fut, jusqu’à cet achat, utilisé à des fins militaires. Mais est-ce bien juste, de la part d’un artiste, de s’approprier une telle invention ?

Le noir le plus noir

Le 27 février 2016, c’est une première : un homme s’offre la couleur Vantablack. Les entreprises sont, en générale, davantage habituées à ce type d’achat. Les couleurs faisant souvent partie intégrante de leur logo, il est normal qu’elles brevètent leur identité visuelle. Mais Anish Kapoor, à qui l’on doit, entre autres, le « Vagin de la Reine » qui fut exposé à Versailles – de son vrai nom « Dirty Corner » – a toujours fait preuve d’extravagance.

Mais qu’est-ce que le Ventablack ? Il s’agit d’une couleur que l’entreprise Surrey NanoSystems a développé il y a quelques années et qui absorberait 99,96% de la lumière ! Le résultat est on ne peut plus mystique : aucun relief, aucune ombre, rien, le noir complet, semblable à un trou noir. « Imaginez un espace si sombre qu’en y pénétrant vous pouvez perdre toute idée de qui vous êtes, d’où vous êtes et la conscience du temps » déclara Anish Kapoor à la BBC.

La couleur Vantablack / source : surreynanosystems.com

La couleur Vantablack / source : surreynanosystems.com

 

Le prix de cette couleur n’a pas été révélé mais, cela va de soi, il doit être extrêmement élevé. Mais si cet achat fait autant parler de lui, c’est qu’il est vu d’un très mauvais œil de la part de ses pairs du milieu artistique.

Les brevets et l’art : est-ce bien juste ?

La concurrence devrait-elle exister dans le milieu artistique ? C’est la question que soulève le monopole d’Anish Kapoor sur la couleur Vantablack. Comme l’explique Christian Furr, un artiste britannique, au Daily Mail : « Turner, Manet, Goya… les plus grands ont tous été fascinés par le noir pur. Et ce noir, le Vantablack c’est de la dynamite dans le monde de l’art. Nous devrions tous être en mesure de l’utiliser. Ce n’est pas juste qu’il appartienne à un seul homme. » Tout comme la figure de l’entrepreneur, l’individualisme est un trait qui devrait être éclipsé par l’envie d’entreprendre collectivement. L’artiste n’est pas en marge de cette réflexion ! Tout comme l’écrit John Dodelande dans Les Echo : Picasso, Gauguin, Wahrol n’auraient pas connu une telle gloire s’ils ne s’étaient pas mêlés à d’autres artistes. « Aux grandes aventures collectives de l’art, se seraient ainsi inexorablement substituées les petites affaires commerciales d’individualités » comme l’affirme John Dodelande. Les artistes actuels tendraient davantage à vendre leur art qu’à ne le partager. Ce qui pousserait certains d’entre eux à agir de façon commerciale et à vouloir garder une place dominante, quitte à monopoliser certaines inventions ou procédés.  Mais qu’il s’agisse d’un artiste ou d’une entreprise, l’innovation naît, bien souvent, d’une réflexion collective et d’un partage. Ainsi, l’entreprise Tesla, par exemple, qui commercialise des voitures électriques, fait en sorte que tous ses brevets soient accessibles à quiconque. Son but étant de faire avancer la transition énergétique.

Bien qu’acheter à un prix gargantuesque la couleur Vantablack puisse justifier cette envie de la garder pour lui-seul, Anish Kapoor devrait savoir – plus que quiconque – que « le moi est haïssable ». En Angleterre, les brevets peuvent être protégés jusqu’à 20 ans. D’ici là, l’artiste aura sans doute le temps de se raviser.

Cyril Garrech
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Fondateur et rédacteur en chef d'E&Co!
Étudiant au CELSA-Sorbonne.
Diplômé de l'École de Management de l'Institut Mines-Télécom.
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